Revue du web du 24 au 28 septembre

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Cette semaine, retour tout d’abord sur l’abandon de la loi anti-avortement espagnole, que le gouvernement conservateur a laissé tomber, aucunement par respect pour les droits des femmes mais par pur calcul politique, puisqu’une majorité de la population était, heureusement, contre. Pendant ce temps, en Belgique, lancement d’une campagne photographique destinée à célébrer les 25 ans de la légalisation de l’avortement, un acte malheureusement encore tabou et stigmatisé.

En France, l’ancienne militante Femen Amina Sboui revient sur les raisons qui l’ont poussée à se déclarer victime d’une agression sexiste qui n’a pas eu lieu, et regrette notamment d’avoir pu contribuer à décrédibiliser la parole des femmes victimes d’agression. Au-delà de ce cas particulier et des critiques fortes qui peuvent être formulées à l’égard des Femens, rappelons que cette décrédibilisation est avant tout l’œuvre du système hétéro-patriarcal, et rappelons la situation très difficile des femmes migrantes en France, des femmes racisées et des femmes en situation de grande pauvreté et précarité.

Toujours en France, une dénonciation des procédés racistes qui peuvent être à l’œuvre dans la lutte contre le harcèlement de rue,  dans une perspective intersectionnelle. (attention, pour celles/ceux qui lisent au boulot, le blog contient des images de nudité).

Enfin, réaction, en anglais, au discours d’Emma Watson à l’ONU – l’auteure revient sur les divers éléments problématiques de ce discours : centré sur les hommes et leurs problèmes, niant que ceux-ci tirent bénéfice du patriarcat, l’invisibilisation des femmes trans*, racisées, handicapées… Bref, critique du manque général de nouveauté et de radicalité dans ce discours et de la couverture non critique qui en a été faite, en particulier par les féministes blanches américaines.

Les Ourses à plumes.

Revue web spéciale 23 septembre : Journée internationale de la Bisexualité

weareeverywhereLa revue de web des Ourses arrive un peu plus tard cette semaine car nous voulions la faire coïncider avec le 23 septembre, qui est la Journée internationale de la Bisexualité.

La bisexualité c’est le fait d’être attiré-e par des personnes de genres différents. Le terme a été questionné, de par la binarité de genre qu’il suppose, et certain-e-s lui préfèrent « pansexuel-le-s » ou « polysexuel-le-s » (à ne pas confondre avec « polyamoureux/ses »).

Cette thématique a pleinement sa place dans un webzine féministe puisque le patriarcat étant fondé sur la supposée complémentarité (et hiérarchisation) des genres, tout ce qui vient fragiliser l’hétérosexualité comme construction politique va dans le sens de l’émancipation des femmes.

La bisexualité a ceci de particulier qu’elle remet en cause radicalement la binarité de genre, en refusant les cases « hétéro/homo » et s’oppose donc à l’homonormativité qui s’est largement développée ces dernières années. Son caractère dérangeant apparaît clairement dans les attaques que subissent les bi-e-s, qui relèvent de l’invisibilisation, la stigmatisation, les insultes, voire le harcèlement moral. Cette biphobie commence à être dénoncée de plus en plus, à l’exemple du Tumblr La Bisexualité m’a tuer, qui vise à sensibiliser à la biphobie, ou encore dans un article critique sur la pansexualité dans Dr Who (sisi) paru sur Yagg.

C’est en 1999, il y a donc 15 ans, que la Journée internationale de la Bisexualité a été fixée au 23 septembre. Le mouvement bi est encore jeune, et cette année ce sera la première fois qu’un rassemblement aura lieu à Paris (18h Place Stravinsky).

Ce rassemblement est organisé par l’association Bi’cause, à peu près seule assoc exclusivement bie en Ile-de-France, et soutenu par le Centre LGBT Paris/IDF, FièrEs, le MAG Jeunes LGBT, et SOS Homophobie. Il a d’ores et déjà permis de mobiliser le milieu LGBT de façon un peu plus volontariste que les années précédentes.

Cela se traduit par des visuels, des articles, comme celui de Barbi(e)turix, ou encore des albums photos, à l’image de celui de SOS Homophobie PACA qui nous livre les petits papiers rédigés par des lycéen-ne-s sur le sujet. Et l’excellente et toute neuve revue lesbienne Well Well Well consacre un Data à la biphobie chez les lesbiennes. Une raison de plus de courir l’acheter !

Le blog Biplan de Yagg recense les initiatives de la journée, partout en France et dans le monde. et rappelle que les mots-clés utilisés sur les réseaux sociaux sont : #BiPride, #BiVisibilityDay, Bi’cause, ou encore Journée de la bisexualité.

La fierté ou la visibilité sont en effet au cœur de la démarche. C’est donc logiquement que les (rares) médias non communautaires axent leurs articles sur cet angle. Ainsi Aufeminin choisit une approche people, qui malheureusement montre le chemin à parcourir puisque sont mises dans le même diaporama des stars bies et lesbiennes…ce qui en creux révèle la difficulté à trouver des stars ayant fait leurs coming-out.

Pour en savoir plus, rappelons que SOS Homophobie a sorti une enquête l’an dernier qui revient précisément sur l’invisibilisation et la stigmatisation des bisexuel-le-s.

Revue du web du 8 au 14 septembre

Cette semaine a étcloud17é marquée par une victoire : la Maternité des Lilas ne sera pas transférée à Montreuil. Une issue qui semblait inespérée malgré plusieurs mois de lutte.

Pour continuer sur les luttes des femmes, un documentaire vient de sortir en salle, « On a grévé », avec pour sujet la lutte de femmes immigrées salariées dans l’hôtellerie, qui en ont eu marre de se faire exploiter. Un exemple à suivre, et qui montre que les plus exploitées peuvent aussi réussir à se battre et gagner.

Les injustices femmes-hommes restent encore nombreuses à combattre. La nouvelle secrétaire d’Etat aux Droits des femmes, Pascale Boistard, ne l’a pas nié dans ses premières déclarations. On le constate au quotidien, ne serait-ce qu’au supermarché, où des produits similaires tels que rasoirs ou crèmes sont ciblés pour les hommes et les femmes avec des prix plus élevés pour celles-ci, ce qu’on appelle la « woman tax » sur les réseaux sociaux.

Finissons par deux bonnes nouvelles, l’apparition d’un petit nouveau dans les médias féministes : le magazine lesbien Well Well Well. Mais aussi l’organisation pour la première fois d’un rassemblement à Paris pour la journée internationale de la bisexualité, le 23 septembre.

Les Ourses à plumes

Revue du web du 1er au 7 septembre

cloud17Cette semaine, Le Dico des filles a été critiqué comme à chaque rentrée maintenant. Cette fois-ci c’est La Gazette des femmes qui a relancé les hostilités, avant que le reste de la toile s’en empare. En cause, les stéréotypes sexistes qu’il véhicule, mais aussi des définitions homophobes ou encore anti-avortement.

Certaines adolescentes auraient bien besoin de plus qu’un dico à paillettes, selon Unicef, un quart des adolescentes dans le monde subissent des violences physiques.

Pour ce qui est des violences, les personnes trans restent toujours parmi les plus touchées. Les médias préfèrent en parler sous la formule trop utilisée de « parcours de combat », alors que leurs droits sont complétement inexistants, dans une société transphobe. Récemment, c’est  le bureau d’aide juridictionnelle de Paris qui a décidé d’imposer la stérilisation aux trans.

Autre recul, le département de la Seine-Saint-Denis pourrait fermer des centres de dépistage des MST par manque de moyens. Une situation alarmante, qui rappelle que la lutte contre le sida doit toujours être menée, mais qu’on peut aussi mettre en parallèle avec le manque de centres IVG.

Info de dernière minute dont nous prenons connaissance au moment où nous clôturons cette revue de web, une femme militante antifasciste a été violée par un fasciste durant le mois d’août. Nous lui accordons bien sûr tout notre soutien et saluons son courage.

Pour finir cette revue du web, on vous conseille d’allez jeter un coup d’oeil à cette série de pictogrammes qui dénoncent les stéréotypes, qui peut cependant être améliorée…

Les Ourses à plumes

« Harcèlement de rue », phénomène de mode médiatique ou prise de conscience du patriarcat ?

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Cela fait plusieurs semaines que je reporte l’écriture de cet article sur le harcèlement de rue. Le sujet a tellement fait couler d’encre (ou plutôt animé les claviers), que je ne savais pas par quel bout l’aborder.

Et puis, ce soir, le déclic. Je sors de la bouche du métro, un homme me dit « Bonsoir madame… ». Cela pourrait être anodin a priori, quel mal y-a-t-il à être poli ? Mais cette interpellation était accompagnée d’un sourire, un sourire qui parlait, tout autant que ses yeux fixés sur moi. Par réflexe – de protection ? – j’ai remis ma veste, malgré les 30°C. Je ne réponds rien, je trace ma route. Quelques pas plus loin, je réalise que ce « Bonsoir » sonnait plus comme « Baisable ».

Une anecdote banale, quotidienne, pour nous les femmes, un comportement auquel nous sommes confrontées depuis très jeunes. Le mâle en chaleur était jusque-là excusable : « elle n’avait qu’à ne pas mettre une jupe », « elle ne devrait pas sortir tard », « elle aurait dû passer par un autre endroit »… Aujourd’hui, une prise de conscience de la société semble s’affirmer. Non, ce n’est pas normal, on lui a même donné un nom : le harcèlement de rue.

Un phénomène médiatique

Depuis quelques années, mais de manière plus intense depuis plusieurs mois, la toile s’agite pour dénoncer cette pratique. Blogs, tumblr, collectifs, bande-dessinée, caméra cachée, des idées d’outils de lutte ou même mémoire de recherche circulent. Tous les outils ont été utilisés pour médiatiser le harcèlement de rue. On peut citer par exemple la BD très connue (et très utile) du « Projet Crocodiles » qui rapporte des témoignages de femmes agressées en identifiant les hommes par des crocodiles, mais aussi en proposant des outils de lutte. Récemment, un homme a parodié cette BD et d’autres initiatives féministes avec un mauvais goût sidérant. Heureusement, les féministes ont été réactives et condamné ses dessins se moquant de l’ « exagération paranoïaque des victimes ».

Si on peut saluer la prise de conscience collective de ce phénomène de harcèlement de rue, on peut s’inquiéter également des réactions masculinistes ou indifférentes qu’il suscite. De plus, cet effet de mode médiatique « Faisons un article féministe sur le harcèlement de rue cela plaira aux femmes » a ses dérives, notamment sécuritaires. Il ne faut pas interpréter le harcèlement de rue comme une forme de délinquance qui sévit seulement dans des quartiers qui craignent. Ce « phénomène » est parfois instrumentalisé à des fins racistes, comme le montre la vidéo qui a fait le buzz en Belgique. Non, le harcèlement n’est pas propre aux quartiers populaires et aux personnes issues de l’immigration. D’autant plus, que, contrairement à certaines idées reçues, les femmes connaissent souvent leur agresseur. Ainsi, c’est le cas de 83% des femmes victimes de viols ou de tentatives de viols.

Un révélateur de l’oppression des hommes

Le terme même de « harcèlement de rue » est trompeur, le harcèlement n’est pas une agression seulement présente dans ce type de lieu, les femmes en font les frais dans tout type de situation.

Il paraît plus utile d’avoir une analyse différente de la plupart des articles écrits sur le sujet. Pour nous, le mot « patriarcat » n’est pas un gros mot. Si le harcèlement est présent dans la vie de tous les jours de milliers de femmes en France, mais aussi dans les autres pays du monde, ce n’est pas à cause de l’insécurité, pas à cause d’incivilités ou de méthodes de drague lourdingues, mais bien parce que nous vivons dans un monde où ce sont les hommes qui règnent, qui veulent dominer.

Le harcèlement de rue n’est qu’une forme parmi d’autres des effets du système patriarcal. La domination des hommes s’exerce de différentes manières, mais elle est encore plus visible dans la rue. Ce sont les hommes qui contrôlent l’espace public, qui excluent les femmes de cet espace. Une femme baissera les yeux devant un groupe d’hommes qui la regarde passer, par réflexe, par habitude, une mauvaise habitude. Si une femme choisit de passer la tête haute, avec une démarche affirmée, elle s’attirera des remarques. Plus ou moins que celle qui aura baissé les yeux ? Pas sûr. Mais est-ce normal de devoir faire attention à son attitude ? La rue appartient aux hommes, un espace parmi tant d’autres (la politique, les médias, le domicile…).

Des droits encore à conquérir

Petit à petit, les femmes doivent se le réapproprier, mais elles doivent avoir conscience que ce n’est qu’un maillon d’une grande chaîne. Les hommes considèrent que le corps des femmes est à leur disposition, ce sont à eux de juger si elles sont « belles » ou « bonnes ». Ainsi, faire porter aux femmes la responsabilité de ce qui leur arrive dans la rue est complétement insensé. Elles ont le droit, de circuler dans tout espace public au même titre que les hommes, sans avoir à faire attention au regard porté sur elles.

Certes, ce serait moins percutant de parler d’ « harcèlement patriarcal », mais ce serait plus juste, car c’est le système patriarcal qui profite de cette domination. Analyser le « harcèlement de rue » comme s’il était un phénomène de délinquance nouveau est une erreur, il relève davantage du contrôle social patriarcal que d’une déviance. A force d’écrire sur le sujet comme s’il s’agissait d’un quelconque fait de société, on parvient, paradoxalement, à le banaliser.

Ourse Malléchée

Revue du web du 25 août au 1er septembre

La Une de cette revue web du 1er septembre, c’est bien sûr la disparition du ministère des Droits des femmes, remplacé par un secrétariat d’Etat du Ministère des Affaires sociales et de la Santé.  Ce nouveau recul et la lecture de la condition féminine qu’il traduit est dénoncé par de nombreuses organisations féministes, avec un appel à manifester le 2 septembre.

Poursuivons avec 3 enquêtes concernant les femmes qui ont fait du bruit cette semaine :

– Le modèle allemand a-t-il du plomb (féministe) dans l’aile ? Une étude montre que les femmes allemandes gagnent en moyenne moitié moins que les hommes. Les causes sont toujours les mêmes : des métiers moins bien payés et des temps partiels imposés. Reste que l’autonomie financière des femmes est alors gravement menacée.

– En France, bien sûr, l’accès des femmes au travail n’est pas plus assuré. Une enquête publiée jeudi par le Centre d’études de l’emploi signale que les femmes avec enfants touchent encore des salaires inférieurs à ceux des femmes sans enfant, qui en moyenne font plus d’heures. En creux, le rappel de l’inégalité du partage des tâches et l’insuffisance des services publics.

– 3e étude, plus joyeuse et qui a fait beaucoup parler d’elle,  celle démontrant que les lesbiennes ont plus d’orgasmes que les hétéros. Barbi(e)turix approfondit la question…

Et enfin, l’anecdote du « top du marketing sexiste », cette semaine, Sanofi propose aux Italiens une appli pour supporter sa femme pendant ses règles. Elégamment appelée SOS PMS, elle était censée promouvoir un médicament pour lutter contre le syndrome prémenstruel…donc à destination des femmes !